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Harper s'adresse directement aux Canadiens pour défendre son gouvernement

Presse Canadienne Article mis en ligne le 3 décembre 2008 à 1:00
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Harper s'adresse directement aux Canadiens pour défendre son gouvernement
Le premier ministre Stephen Harper salue des supporteurs dehors 24 Sussex, en Ottawa, le 3 decembre, 2008. LA PRESSE CANADIENNE/Tom Hanson
OTTAWA - Devant la crise politique sans précédent qui perdure à Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a réquisitionné mercredi soir les ondes publiques afin de s'adresser sans intermédiaires aux Canadiens et de les mettre en garde contre un éventuel gouvernement de coalition qu'il dépeint comme antidémocratique et dangereux pour le pays.
D'un ton calme et posé, tranchant avec son agressivité des derniers jours, M. Harper a assuré que son gouvernement élu le 14 octobre dernier agissait pour faire face au ralentissement économique mondial.
"Nous consultons les partis d'opposition au Parlement et nous espérons entendre plus de suggestions de leur part. Nous souhaitons qu'ils fassent des propositions spécifiques. C'est ce qu'on leur a demandé. En fait, nous avons déjà changé certaines de nos propositions pour répondre à leurs préoccupations", a-t-il fait valoir.
Le premier ministre a toutefois omis de rappeler qu'il n'avait reculé que sous la menace et dans l'espoir d'éviter la chute de son gouvernement élu il y a sept semaines à peine et contre lequel les partis d'opposition se sont rapidement ligués.
Reprenant un refrain chanté sur tous les tons par son caucus, M. Harper a ensuite reproché à ses adversaires libéraux et néo-démocrates de négocier derrière des portes closes avec les séparatistes du Bloc québécois, au risque de briser le Canada.
"Ce n'est pas le temps pour les ententes élaborées en coulisses avec les souverainistes. C'est plutôt le temps pour notre gouvernement du Canada de se concentrer sur l'économie et plus spécifiquement sur les mesures qui seront contenues dans le prochain budget", a-t-il déclaré.
Son message pré-enregistré d'environ cinq minutes ne contenait pas de véritable surprise. Contrairement à ce que l'on attendait, M. Harper est même demeuré muet sur son intention de se rendre chez la gouverneure générale, Michaëlle Jean, dès jeudi pour suspendre les travaux parlementaires jusqu'à la fin du mois de janvier prochain.
Plusieurs indices permettent cependant de croire que tel est son projet. Le premier ministre fait probablement le pari qu'une pause permettrait aux esprits passablement échauffés de se calmer. Cela lui donnerait en outre près de deux mois pour préparer un budget.
La décision de suspendre les travaux du Parlement reviendra cependant à la gouverneure générale, qui est rentrée d'urgence au pays pour gérer la crise qui secoue la capitale depuis que le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont formé une coalition avec l'appui du Bloc québécois dans le but de prendre les rênes de l'Etat.
En terminant son allocution, Stephen Harper a réitéré sa promesse d'utiliser "tous les moyens légaux possibles pour protéger notre démocratie, pour protéger notre économie et pour protéger le Canada".
La situation demeure très tendue sur la colline parlementaire, une semaine après le dépôt de la mise à jour économique et financière du ministre des Finances Jim Flaherty. Ce document, qui prévoyait des coupes dans les subventions aux partis d'opposition et une suspension du droit de grève des fonctionnaires, a mis le feu aux poudres.
Le ton des affrontements entre les conservateurs et les députés de la coalition n'a pas baissé d'un cran mercredi, le gouvernement n'hésitant pas à provoquer un autre débat houleux sur l'unité nationale par ses attaques virulentes contre ses vis-à-vis.
Après des années d'efforts et de "fédéralisme d'ouverture", Stephen Harper semble avoir définitivement renoncé à séduire les Québécois.
Dans son allocution, il a affirmé avec solennité que son parti ne pouvait pas partager le pouvoir avec un parti oeuvrant pour l'indépendance du Québec.
"En cette période d'instabilité économique mondiale, notre gouvernement doit protéger de façon non équivoque l'unité du pays. Une coalition avec les souverainistes ne peut pas aider le Canada et les partis de l'opposition n'ont pas le droit démocratique d'imposer une coalition avec les souverainistes", a-t-il martelé.
Plus tôt, pendant la période des questions, il avait déjà accusé libéraux et néo-démocrates d'avoir trahi leurs électeurs et d'avoir vendu le pays aux "séparatistes" en s'alliant avec le Bloc québécois.
"La proposition du chef du Parti libéral est d'aider l'économie par une entente de (sic) gouverner ce pays par un pacte avec les souverainistes du Québec. Ce n'est pas un plan pour améliorer l'économie, c'est un plan pour détruire ce pays, et c'est la raison pour laquelle il devrait retirer cette proposition", a déclaré M. Harper au début de la période des questions.
Son adversaire Stéphane Dion a refusé de répondre à cette accusation qu'il a qualifiée de "sottise absolue". Il n'a rien dit non plus sur le sujet dans sa réplique au discours de Stephen Harper, diffusée sur tous les réseaux de télévision.
Le chef bloquiste Gilles Duceppe réservait pour sa part une surprise aux conservateurs. Il a en effet produit en Chambre une lettre d'entente datant de 2000 qui jetait les bases d'une alliance entre son parti et les ancêtres de l'actuel Parti conservateur.
Le document, qui n'a jamais été signé, prévoyait la formation d'un "gouvernement par consensus" pour remplacer celui de Jean Chrétien. Si la manoeuvre avait fonctionné, le chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day, qui est aujourd'hui ministre du Commerce international, serait devenu premier ministre.
Ce dernier a juré en Chambre qu'il n'avait jamais été mis au courant des tractations. "Je répète que jusqu'à hier soir, je n'ai jamais vu ce document, je n'ai jamais entendu parler de ce document, je n'ai jamais autorisé ce document et je n'ai jamais discuté de ce document. Jamais", a-t-il insisté.
"Ce serait aller à l'encontre de mon ADN que de former une coalition avec les socialistes. Et ce serait aller absolument à l'encontre de mon coeur et de celui des Canadiens, de faire un accord avec les séparatistes. Pas de coalition avec les séparatistes", a-t-il insisté.
Sa déclaration lui a cependant valu les moqueries de l'opposition qui n'en a visiblement pas cru un mot.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne

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