Chloé, Justine et Maxime penchent dans une direction qui pourrait peut-être les mener à Vancouver, en 2010. (Photo: Patrick Deschamps)
Les sacrifices font place aux rêves
Les soeurs Dufour-Lapointe sous les réflecteurs
Mordues de ski acrobatique depuis leur tout jeune âge, les sœurs Maxime, Chloé et Justine Dufour-Lapointe viennent à peine de se faire un nom sur les montagnes de bosses à travers le monde. Il est rarissime de voir trois sœurs dominer le même sport, mais pour ce, le cheminement et les sacrifices sont de taille.
C'est Maxime qui a parti le bal à l'âge de 10 ans. Inspirée par un de ses amis, la sœur aînée de la famille (18 ans) a décidé de se lancer dans les compétitions de ski de bosses. Trois années ont passé, puis au Mont Gabriel, Chloé et Justine ont également eu la piqûre pour l'adrénaline qu'apporte la pratique de cette discipline.
« Je crois que ce sport va nous permettre d'aller chercher plusieurs aptitudes. Il développe aussi l'adrénaline et nous pouvons effectuer plein de voyages. C'est trippant! », s'enchante Maxime.
Ces opportunités lui ont notamment permis d'enrichir son vocabulaire, tout comme Chloé (15 ans). « Mes sœurs et moi avons suivi un bain linguistique (immersion anglaise) en sixième année et j'ai été épatée de voir à quel point l'expérience m'a aidé », confirme Chloé. Sur les pentes de ski, les deux Prairivoises emploient couramment leur deuxième langue, Maxime maîtrisant même l'espagnol. En ce qui concerne Justine, l'athlète de 13 ans n'a pas encore eu l'opportunité de mettre en pratique l'anglais lors des compétitions, puisqu'elle n'a vu de l'action que sur le circuit provincial.
« On ne réalise pas »
Remportant plusieurs titres au cours de la dernière saison, tout a semblé « facile » pour les sœurs déjà multiples médaillées. « On ne réalise pas à quel point c'est spécial d'être trois personnes d'une même famille obtenir du succès dans un sport identique », déclare Chloé. « Nous possédons chacune nos propres forces et c'est peut-être pour cette raison qu'on se démarque », ajoute Justine.
Néanmoins, les trois athlètes possèdent quelques similarités, dont une en particulier; la danse. « Pour chasser le stress, je danse tout le temps! De cette manière, je m'enlève aussi un peu de pression et lorsque j'arrive pour faire une descente, je me dis que j'aime ça », dévoile Justine.
« De mon côté, j'ai appris à faire ma petite routine avant les départs. Je ne pense à rien, même que je chante », dit Chloé. « Le meilleur moyen est de relaxer. J'en profite pour parler à mes entraîneurs et ils me calment », avoue Maxime.
Avoir l'esprit tranquille, c'est cependant une autre paire de manches pour Johane Dufour, mère des trois skieuses. « Être loin de mes filles, c'est déjà moins difficile qu'au début. Je sais qu'il ne faut pas s'inquiéter et surtout ne pas penser aux blessures qui pourraient survenir. Je fais tout simplement confiance à la vie », explique une mère qui peinait à cacher ses émotions lorsque interrogée sur les prouesses de ses protégées.
Sacrifices et encore sacrifices
Mme Dufour doit sans relâche effectuer des sacrifices pour encourager ses filles. Chacune d'entre elles nécessite un soutien moral et surtout, une aide financière.
« Elles ont un job à temps plein. Je n'ai donc pas le choix de couper souvent dans notre budget familial. Il nous faut aussi trouver d'autres moyens pour financer leurs voyages, explique-t-elle. Nous bénéficions maintenant de rentes mensuelles pour Maxime, mais nous devons tout de même dénicher des commanditaires et effectuer des campagnes de financement. »
Cette saison, après sa conquête au US selection, Chloé a attiré l'attention d'un représentant d'Oakley, qui lui fournit maintenant quelques pièces d'équipement.
De plus, les sœurs Dufour-Lapointe sont loin de négliger leurs études. « C'est une question d'équilibre. Il y a un temps pour les études et un autre pour le sport. J'avoue cependant que je suis mieux concentrée lorsque je suis plus éloignée des pentes de ski », estime Maxime, étudiante par correspondance en sciences de la nature au cégep Ahuntsic.
Quant à Chloé, elle compte sur une « excellente collaboration » de la part de ses enseignants au Collège d'Anjou. Malgré qu'elle doive s'absenter plus souvent qu'autrement, l'élève de troisième secondaire affiche un bon rendement scolaire. De son côté, Justine, « la clown de la famille », en est à sa première année au Collège Saint-Jean-Vianney.
Avec tous ces facteurs, il est normal que ces filles misent sur beaucoup moins de temps libre. « C'est rare que je vois mes amis. Lorsque je suis à l'extérieur, mes conversations au téléphone sont souvent froides, puisque je suis totalement déconnectée de l'école », précise Chloé. « Il y a au moins quelque chose de positif: lorsque je reviens d'une compétition, tout le monde est content de me voir », se réjouit Maxime, qui a toutefois manqué l'après-bal de son école secondaire en raison d'un vol en avion trop matinal.
Des efforts dépensés, des sacrifices déployés. C'est ainsi que coûte la vie d'un athlète élite et c'est la voie qu'on empruntée Maxime, Chloé et Justine. Une voie qui s'efforce de les mener vers leur rêve: les Jeux olympiques!