La clôture a disparu sur une large section du parc longeant la Promenade Ste-Catherine Est. (Photo: Régent Gosselin)
Où est passée la clôture du parc Morgan ?
Un morceau du patrimoine du quartier disparaît
L'été dernier, l'arrondissement a démantelé une partie de la clôture de fer forgé qui bordait le parc Morgan, à la demande des commerçants de la Promenade Sainte-Catherine Est. Plusieurs citoyens considèrent qu'on est allé un peu vite en besogne. Ils voient là une atteinte à l'intégrité du secteur patrimonial de Maisonneuve.
Le service des travaux publics a démonté plusieurs sections de cette clôture de trois pieds de haut le long de la rue Sainte-Catherine Est, en face du théâtre Denise-Pelletier, à la demande de la Société de développement commercial (SDC) Promenade Sainte-Catherine Est.
Le regroupement de marchands, qui organise diverses activités d'animation dans cette partie du parc, souhaite en faire sa place publique. «Cette barrière n'invitait pas les gens à entrer. De plus, elle était en mauvais état», indique Mélanie Tremblay, directrice générale de la SDC. Plusieurs propriétaires de chiens utilisaient la zone clôturée comme aire d'exercice canin, ce qui n'était pas pour favoriser le caractère convivial du parc, d'ajouter Mme Tremblay.
Le conseil d'administration de la SDC a adressé une demande afin d'enlever la clôture dans cette partie du parc le 26 juillet dernier à l'arrondissement. Selon le conseiller d'Hochelaga, Laurent Blanchard, la requête a été traitée par les élus «parmi une série de demandes» après un avis favorable du service des travaux publics. «C'est le genre de décision qui n'a pas à passer devant le conseil d'arrondissement», précise-t-il. Outre l'enlèvement de la clôture, la SDC demandait d'arracher quelques arbustes devant le kiosque du parc.
Rumeurs inquiétantes
«On n'aurait pas dû procéder au démantèlement de cette clôture sans consultation. Elle fait partie d'un ensemble de grande valeur patrimoniale, avec le kiosque du parc. On ne peut pas décider de démonter cela sans aucune considération. On parle d'une clôture ornementale, on n'est pas loin de l'œuvre d'art. Il y a de quoi s'interroger sur le processus qui a été suivi dans ce dossier», dénonce Carl Bégin.
Le résidant, candidat aux dernières élections municipales pour Projet Montréal dans Rosemont-La Petite-Patrie et nouvellement installé dans le quartier, a porté le sujet devant le conseil d'arrondissement du 12 décembre, appuyé par trois autres citoyens: André Piché, un résidant qui a mené la lutte contre le déménagement de la statue La Joute de Riopelle, ainsi que Monique Désy Proulx et Hélène Goulet, deux artistes du quartier.
Depuis la disparition de la portion de clôture, les rumeurs les plus folles circulent. Certains prétendent que la barrière de fer ouvragé sera revendue discrètement à un promoteur privé, d'autres que les employés de l'arrondissement viendront s'attaquer au reste de la barrière en place au printemps prochain.
Une intervention «mineure»
Le parc Morgan est un des joyaux du quartier Maisonneuve. Dans son évaluation du patrimoine urbain, la Ville le classe dans un secteur de valeur patrimoniale exceptionnelle. «La valeur de la clôture ne m'apparaît pas aussi exceptionnelle que celle du kiosque», considère pour sa part M. Blanchard, qui qualifie l'intervention de «mineure». Les élus ne se sont pas penchés sur le caractère historique de la clôture avant de prendre leur décision, indique-t-il.
«Les montants de la barrière ont été laissés en place. C'est l'élément le plus décoratif; ils contribuent à donner une identité visuelle au parc», d'ajouter M. Blanchard. Les piliers de métal servent également à empêcher les véhicules de se stationner dans le parc, les soirs de spectacle au théâtre Denise-Pelletier, signale le conseiller.
L'arrondissement n'était pas en mesure de confirmer de quand date la clôture. M. Blanchard estime que son installation aurait eu dans lieu dans les années 50. À Héritage Montréal, on juge plutôt qu'elle se situe autour des années 1930, au moment de l'aménagement du parc.
Paul Labonne de l'Atelier d'Histoire Hochelaga-Maisonneuve estime pour sa part que, quelque soit son âge, la clôture possède une valeur symbolique importante. «Le terrain a été légué par la famille Morgan dans les années 20 à condition qu'on en fasse un parc. La clôture vient délimiter cette notion de parc. Il est important de respecter cette philosophie», souligne M. Labonne, qui estime souhaitable que la barrière soit réinstallée.
Plusieurs appuis
Du côté des commerçants, on se défend d'avoir agi sans consultation. «C'est un dossier qui a été traité sur plusieurs mois. J'ai rencontré les commerçants les plus impliqués dans l'association et ils étaient tous d'accord», précise Mme Tremblay. Elle ajoute que la demande a reçu l'appui des Loisirs St-Clément, qui pilotent le Comité d'animation du parc Morgan, du poste de police de quartier 23 et du bureau de la députée Louise Harel.
Le conseiller Blanchard se veut rassurant sur le sort de la clôture, qui est actuellement entreposée au clos de voirie de l'arrondissement. Il assure qu'il n'est nullement question de s'en débarrasser, encore moins de la revendre. «Si la SDC est d'accord et qu'on reçoit une pétition d'un nombre raisonnable de citoyens nous demandant de la remettre, on le fera», assure-t-il.
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Histoire d'un parc
Le parc Morgan a été aménagé entre les années 20 et 30 à la place du manoir de James Morgan, président des magasins à rayons Henry Morgan & Co, devenus La Baie. L'homme d'affaires a été l'un des derniers promoteurs de ce secteur à lotir sa terre, où l'on a ouvert l'avenue Morgan. En 1931, la Ville fait construire un kiosque à musique et des vespasiennes dans le parc. Abandonné pendant quelques années, le kiosque est restauré en 1978. Il est répertorié aujourd'hui comme immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle par la Ville de Montréal.
Claudette Hénault
Commentaire mis en ligne le 28 décembre 2006Je souscris à toute pétition concernant le rétablissement de la clôture du Parc Morgan.
Cette clôture faisait partie intégrante du patri-
moine de ce parc. Je considère cet enlèvement comme un sacage à l'environne-
ment et je ne comprends pas l'intérêt de l'as-
sociation des commerçants à cette demande.