La crise de la culture et Wajdi Mouawad
Si un dicton populaire québécois dit «la culture c'est comme la confiture, moins t'en a plus tu l'étends», on devrait aussi dire «la culture c'est comme la mie de pain, plus t'en a plus tu la partages». Merci à Wajdi Mouawad de nous avoir partagé sa culture au cours de la récente crise de la culture (la proposition d'éliminer les programmes culturels par le gouvernement Harper).
La culture universelle manifeste de Mouawad fut plus que lumineuse. «Cultura animi philosophia est», la culture de l'âme est l'amour de la sagesse, disait Cicéron il y a quelque 2000 ans.
C'est vraisemblablement cette même culture éternelle de l'esprit qui fera dire à Hannah Arendt, dans La Crise de la culture, il y a une cinquantaine d'années, les mots suivants: «En toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les Romains – le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous -, une personne cultivée devait être: quelqu'un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé.»
Ainsi, animés de culture et amis aussi de ceux qui l'étalent plus que d'autres, en politique ou ailleurs, nous continuerons de rompre le pain miraculé, avec ou sans confiture, d'une cultura animi qui traverse les siècles, les modes et les frontières. Merci encore au compagnon Wajdi de l'avoir rappelé.
(Simon H. Langlois, Montréal)