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Pantoute

Article mis en ligne le 19 novembre 2008 à 10:40
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Pantoute
Je limite à cinq questions le sondage sur la langue française puis le soumet à Marc-André qui l’approuve. Avant d’envoyer l’échantillon aux intervieweurs, il me recommande de l’essayer en mode test. Au premier appel, la voix de mon répondant me désarçonne. Je débite mon questionnaire sans sourciller :

-Pensez-vous que le français perd de plus en plus de terrain dans la belle province?

-Pantoute!

-Pensez vous que l’anglais gagne du terrain dans la belle province?

-Pantoute!

-Pardon?

-Pantoute, j’ai dit, m’entendez-vous?

-Bon, que choisiriez-vous pour l’avenir de vos enfants, un enseignement en français ou en anglais?

-Je n’aime pas faire de choix pantoute!

-Vous est-il arrivé d’être servi en anglais dans un quartier français, dans un café ou autre?

- Ni chaud ni froid!

Je demande poliment à mon répondant d’argumenter plus mais en vain :

-Tant qu’à faire des choix par rapport à cela, Eh bien Pantoute, fit-il.

-Finalement, que proposez-vous pour maintenir le français comme langue d’usage, et comme langue de travail au Québec ?

-Vivre et laisser vivre!

J’établis après que Pantoute ne doit pas être loin de quelque chose dans le genre de bezzaf (Beaucoup) ou peut être bien oualou (rien), si ce n’est tout simplement je ne sais pas. Tout compte fait, je finis l’appel avec les remerciements d’usage, et j’opère l’analyse pour présenter le rapport à Marc-André qui l’examine d’emblée :

-Si on fait un lien avec la francophonie pour une question de plus?, dis-je motivé.

-Pantoute, dit-il, je m’en vais le rappeler moi même pour tirer certaines choses au clair.

Du coup, je rejoins mon bureau, et m’empare tout de suite du dictionnaire dans une recherche désespérée du sens de ce terme, mais en vain. Il me fallait prouver que mon intégration linguistique ne doit pas juste se suffire à l’attitude et à la proximité. Alors, je passe voir ma collègue Mélina, la native de Saint-Eustache. Elle me dévisage de ses yeux inquisiteurs comme si je venais de sortir tout droit d’un bain maure. Dès que je l’interpelle sur le sens de mon fameux terme, elle me répond :

-Ah, (Pantoute) : voila un joli prénom pour mon chat, je viens de l’acheter juste hier, un beau siamois! Dire qu’il refuse de manger n’importe quoi, (Pantoute) ! Oui, tu as l’étoffe pour les prénoms on dirait !
Kamal Benkirane

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