Mario Plante et Claude Dauphin ont uni leur voix pour faire état de la situation face aux gangs de rue. - (Photo: Daniel Marchand)
La criminalité reliée aux gangs de rue en hausse
Montréal veut plus d'argent pour combattre ce phénomène
La criminalité sur l'île de Montréal est en baisse constante. Depuis 1990, on a enregistré une baisse de 37 p. cent des crimes en général. Par contre, les crimes reliés aux gangs de rue sont loin d'être en baisse. Au contraire! En présentant le bilan annuel, la Ville de Montréal et son service de police se sont montrés préoccupés par ce phénomène. Ils en font d'ailleurs leur priorité cette année.
Il faut dire qu'en 2007, les gangs de rue ont été actifs et ont fait preuve de violence dès les premiers mois de l'année. À pareille date l'an dernier, on comptait déjà une dizaine de meurtres à Montréal et ils étaient tous reliés aux gangs de rue. Sur les 41 homicides perpétrés en 2007, 14 étaient attribuables aux gangs de rue. En comparaison, en 2006, on en comptait 12 sur 42. Les gangs de rue ont aussi été à l'origine de plus de la moitié des tentatives de meurtre, soit 54 sur 99. L'année précédente, on parlait de 42 sur 136.
Les policiers ont resserré l'étau sur les gangs de rue. Avec le projet Avance, une équipe d'agents dévoués à la lutte aux gangs de rue, on a arrêté, l'an dernier, 1322 individus reliés à des activités criminelles de gangs de rue.
Mario Plante, assistant-directeur et chef du service des enquêtes spécialisées au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), soutient que la situation est préoccupante même si elle n'est pas comparable à celle d'autres grandes villes comme Los Angeles, où l'on compte quelque 40 000 membres de gangs. L.A. a recensé quelque 170 meurtres reliés aux gangs de rue l'an dernier. On estime que Montréal fait face à une vingtaine de gangs majeurs comptant entre 400 et 500 membres. « Il faut s'assurer que Montréal demeure sécuritaire, particulièrement pour les jeunes qui sont souvent les premières victimes », fait valoir M. Plante.
À cet égard, l'assistant-directeur lance un appel à la population en général afin de dénoncer tout acte qui pourrait être l'oeuvre de gangs de rue. « Il ne faut pas hésiter à nous contacter. Des fois, cela semble être une information banale, mais ça peut faire toute la différence », soutient-il.
Des millions de dollars nécessaires
Le nerf de la guerre demeure l'argent. C'est pourquoi, en conférence de presse, la Ville de Montréal et le SPVM ont uni leur voix pour demander au gouvernement du Québec d'investir 40 millions de dollars sur trois ans pour la lutte contre les gangs de rue. En fait, Montréal veut que la province augmente largement ses efforts à ce chapitre, à l'image de l'Ontario qui vient d'offrir un appui financier substantiel au corps de police de Toronto.
Il faut savoir que chaque enquête nécessite des investissements importants. À titre d'exemple, le projet Abat, qui a permis l'arrestation de 27 personnes reliées aux gangs de rue et la perquisition de stupéfiants et d'armes à feu, a coûté quelque 10 millions au SPVM. Cette opération a été cruciale en permettant pour la première fois de faire reconnaître un verdict de gangstérisme contre des membres de gangs de rue. Rappelons que cette opération visait des individus qui fréquentaient la rue Pelletier, à Montréal-Nord. Il y a quelques mois, le projet Élaguer a permis l'arrestation d'une cinquantaine d'individus.
Selon Claude Charlebois, commandant à la section Intervention jeunesse et prévention pour la région Est, ce sont les ressources humaines déployées qui affectent une bonne partie de la facture. Des projets comme Abat obligent les agents à poursuivre leur horaire de travail bien au-delà des heures habituelles pour faire de la filature et monter leur dossier. « C'est nécessaire pour avoir une preuve en béton », soutient M. Charlebois.
Selon le commandant, le SPVM doit être en mesure de déployer des efforts supplémentaires sans affecter ses autres services à la population, d`où le besoin criant d'investissements. « Le phénomène des gangs de rue prend de l'ampleur, mais on ne peut pas négliger les autres types de criminalité », explique-t-il.
Ce n'est pas d'hier que Montréal demande 40 millions de dollars, sur trois ans, pour lutter contre les gangs de rue. En 2005, on avait fait la même demande. La Ville avait alors obtenu un montant de deux millions par année, sur trois ans.