Difficile de se retrouver dans le système de santé
Urgence de l'hôpital, clinique privée, CLSC: le système de santé est tel qu'il n'est pas facile de s'y retrouver, surtout en situation d'urgence. Le cas d'une dame de Rivière-des-Prairies, qui a dû voir un médecin d'urgence avec son fils atteint d'un trouble respiratoire, en est un exemple patent.
Il y a quelques semaines, la dame s'est rendue à une clinique privée près de chez elle parce que son fils d'un an peinait à respirer. Une semaine auparavant, le petit avait dû voir un médecin pour la même raison; il faisait une pneumonie. Le médecin lui a alors prescrit des antibiotiques et le petit et sa maman ont pu rentrer chez eux. « Je pensais que cette fois-ci, c'était la même chose », confie la mère.
Au petit matin, voyant que son garçon cherchait son air, elle prend la décision de se rendre à la clinique privée près de chez elle. Elle s'y présente à 9 h 15. La clinique ouvre normalement à 9 h, mais cette journée-là, laisse savoir la secrétaire, elle est demeurée fermée parce qu'aucun médecin n'était disponible. « Je lui ai dit d'aller à l'autre clinique, située un peu plus loin sur le même boulevard, ou de revenir demain », explique-t-elle. Ce que la maman a fait, bien malgré elle. « J'étais en panique. Mon fils avait de la misère à respirer. J'avais peur qu'il meure dans mes bras. Cette journée-là, ma voiture était au garage et l'autre clinique est située à au moins 15 minutes de marche. » Heureusement, une dame se trouvant alors dans le stationnement a offert de les reconduire, elle et son fils.
Une fois arrivée, la maman raconte qu'un médecin a aussitôt pris son enfant en charge. « Il y avait un médecin dans l'ascenseur. Après avoir entendu respirer mon garçon, il a dit que ce n'était pas normal qu'il respire comme ça. Il a vu qu'il faisait une crise d'asthme. Tout de suite, il lui a donné un traitement de ventolin. Ça a pris quatre minutes et mon fils s'est tout de suite mis à aller mieux. »
Le cas de cette maman soulève la question de l'efficacité des cliniques médicales privées dans les cas d'urgence. Peut-on compter sur elles?
« Il n’y a pas de mode d’emploi idéal, affirme Mathilda Abi-Antoun, directrice des services généraux à la jeunesse et à la famille au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Pointe-de-l’Île. Les agissements des mamans dans des cas comme celui-là partent toujours de bonnes intentions. Cela dit, nous ne sommes pas riches en cliniques sans rendez-vous et c’est souvent le propriétaire de la clinique qui donne le ton. » Celui-ci pourrait-il donc décider, un beau matin, de laisser la clinique fermée parce qu’aucun médecin n’est disponible? Impossible d’avoir une réponse à cette question puisque les médecins propriétaires des cliniques visitées par la maman n’ont pas retourné notre appel. De son côté, Mme Abi-Antoun estime ne pas pouvoir se prononcer sur la question, puisque les cliniques privées ne relèvent pas de sa juridiction. Cependant, elle croit sincèrement que si un médecin avait été disponible cette journée-là, l’enfant aurait été pris en charge. « Il n’y a pas de politique écrite là-dessus, mais il me semble que c’est un devoir professionnel », dit-elle.
Un autre facteur pourrait mettre en doute l’efficacité des cliniques privées dans les situations d’urgence, soit l’absence d’infirmière au triage. Comme c’est le cas dans les CLSC, l’infirmière au triage s’assure de voir le patient avant qu’il ne rencontre le médecin et de lui établir une étiquette de priorité, selon son état de santé. « Aucune décision n’est prise par la secrétaire. Dans le cas que vous me décrivez, si la maman s’était présentée au CLSC, une infirmière aurait aussitôt été avisée et elle aurait fait le nécessaire pour que l’enfant soit pris en charge par un médecin », explique Mme Abi-Antoun.
Cela dit, cette dernière répète qu’il n’y a pas de façon de faire idéale. Tout dépend de l’état de santé de l’enfant. Si le cas est vraiment trop urgent, « on ne perd pas de temps et on fait le 911 », conclut-elle.