Les jeunes ont pu essayer des lunettes recréant l'illusion d'être sous l'influence de l'alcool. Les lunettes recréent un taux d'alcool deux fois supérieur à la limite permise. Après son expérience, l'un des jeunes se disait convaincu que c'était trop risqué de conduire dans de telles circonstances.<[:AC:]$p> - (Photo: Patrick Deschamps)
Une dernière leçon avant la fin de l'année scolaire
Les cadeaux de Noël d'Alain Landry sont restés sous le sapin en décembre 2003. Le garçon de 16 ans n'aura jamais vu ce qu'on lui réservait cette année-là. Un chauffard ivre a mis abruptement fin à sa vie la veille de Noël. Courageuse, sa mère, Hélène Auger, mène aujourd'hui un véritable combat contre l'alcool au volant. Elle a livré son message aux finissants de l'école secondaire Jean-Grou la semaine dernière, alors qu'ils se préparent pour leur bal des finissants, question de les faire réfléchir.
Pour Mme Auger, ces rencontres sont importantes. Elle veut que plus jamais une famille ait à vivre une telle souffrance. Elle fait maintenant le tour des écoles et organise différentes rencontres pour passer son message. Elle a ainsi fondé le Centre contre l'alcool au volant (C.C.A.V. qui se prononce «c'est cave»). Avec le poste de quartier 45 et l'agent sociocommunautaire Normand Séguin, elle a rencontré les finissants de Jean-Grou.
Les présentations à cette école prennent tout leur sens pour Mme Auger dont le fils fréquentait cette école avant sa mort. Lorsqu'elle raconte l'histoire d'Alain, on ressent encore tout le choc qui a happé la femme ce jour fatidique. En cette veille de Noël, le garçon a enfourché une motoneige avec deux copains. Il conduisait pendant qu'un ami se trouvait derrière lui et qu'ils tiraient l'autre sur un traîneau. Comme à l'habitude, ils circulaient sur la voie d'accotement d'une large route de campagne. Un chauffard qui arrivait à contresens les a frappés de plein fouet. Un face-à-face impardonnable. Alain est mort sur le coup. Son ami, derrière lui, a été très gravement blessé et a frôlé la mort. La dernière victime a été blessée moins gravement, mais a conservé des séquelles psychologiques du drame.
L'homme de 56 ans qui a provoqué l'accident en était à sa quatrième récidive en matière d'alcool au volant. Mme Auger soutient que pendant les deux interminables années qui ont précédé son verdict de culpabilité, l'homme a continué à conduire. « Si vous voulez savoir l'effet que cela fait d'attendre pour une sentence, vous n'avez qu'à retenir votre souffle. Quand vous ne serez plus capable de le faire et que vous voudrez respirer, ce ne sera pas encore le temps de le faire. On étouffe, comme cela! Après trois ans, j'étouffe encore parfois », raconte la mère. Finalement, celui qui lui a pris son fils a écopé de 14 ans de prison.
Hélène Auger espère faire entendre son message aux jeunes pour qu'ils soient pour toujours des conducteurs responsables, et ce, dès l'obtention de leur permis de conduire. « Ce sont les chauffeurs de demain et il faut commencer quelque part », note la femme au dynamisme contagieux. Le constable Séguin note d'ailleurs que les jeunes de 16 à 24 ans représentent 11 p. cent des détenteurs de permis de conduire, mais qu'ils sont responsables du quart des accidents de la route et que dans la moitié de ceux-ci, l'alcool, des stupéfiants ou des médicaments sont impliqués.
Selon Mme Auger, il faut que cela cesse. « On parle souvent de l'alcool au volant pendant le temps des fêtes, mais ce n'est pas seulement là », mentionne-t-elle.
Normand Séguin a aussi voulu rappeler aux jeunes que la mort n'est pas toujours l'issue de ces histoires d'alcool au volant. D'autres victimes se retrouvent handicapées pour toujours. Le fait de se faire surprendre avec les capacités affaiblies au volant est aussi lourd de conséquences, même si aucun accident n'est survenu.
« La décision que vous prenez prend une fraction de seconde, mais son impact dure toute une vie pour la victime et son entourage », plaide Mme Auger.
« Ce sont les chauffeurs de demain et il faut commencer quelque part »
Hélène Auger